Cette semaine, l’actualité en addictologie interroge à la fois l’organisation des parcours, la place des personnes concernées et les représentations sociales qui entourent encore les addictions.
Pour la première fois depuis la réforme de 2007-2008, l’Inspection générale des affaires sociales dresse un état des lieux global du dispositif français de prise en charge des addictions. En parallèle, une recherche publiée dans Santé Publique documente concrètement la construction d’un dispositif territorial associant patients-partenaires et professionnels.
Une autre étude, menée auprès de plus de 13 000 personnes dans trois pays, montre qu’une courte vidéo animée peut contribuer à réduire la stigmatisation des personnes vivant avec une addiction. En Bretagne, la rentrée est également marquée par le démarrage d’un nouveau cycle Libr’Addict à Auray et par un témoignage venu de Saint-Brieuc sur l’accompagnement de personnes vulnérables sous mesure de protection.
Enfin, deux sujets autour du tabac complètent cette veille : la parole d’une tabacologue dans un média grand public et une enquête sur l’industrialisation du trafic de cigarettes en France.
Addictions : l’IGAS appelle à améliorer les parcours de prise en charge
C’est un rapport particulièrement important pour le champ de l’addictologie. Pour la première fois depuis la réforme de 2007-2008, l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) propose un état des lieux du dispositif français de prise en charge des addictions, toutes addictions et tous publics confondus.
Le constat est nuancé : les fondamentaux du modèle français restent solides, avec une approche globale associant dimensions médicale, psychologique et sociale et une complémentarité entre médecine de ville, hôpital et secteur médico-social spécialisé. Mais le système est aujourd’hui sous forte tension.
L’IGAS pointe notamment la complexification des situations, liée aux polyconsommations, aux comorbidités psychiatriques et aux addictions sans substance, mais aussi les difficultés liées au manque de ressources humaines. Les parcours restent marqués par un repérage insuffisant et hétérogène, des problèmes de coordination et des délais d’accès importants : l’attente entre le premier contact et le premier rendez-vous avec un soignant en CSAPA est ainsi estimée à deux mois en moyenne.
Une attention particulière est portée aux jeunes, aux personnes en situation de précarité et aux femmes, dont les besoins restent insuffisamment pris en compte en dehors de la période périnatale.
Parmi ses recommandations, l’IGAS propose de renforcer le pilotage national et territorial, d’améliorer l’accès au premier recours et la continuité des soins et de développer davantage la culture addictologique, notamment à l’hôpital. Le rapport appelle également à renforcer la prévention concernant l’alcool et le tabac et à généraliser la démarche « Lieux de santé sans tabac » à l’ensemble des établissements de santé d’ici 2027-2028.
Patients-partenaires : construire autrement les parcours de rétablissement
Comment répondre aux difficultés d’accès aux ressources professionnelles en addictologie tout en donnant une véritable place aux personnes concernées ?
Un article de recherche publié dans la revue Santé Publique présente l’expérimentation d’une cellule territoriale d’appui aux parcours de rétablissement liés aux addictions, construite avec des patients-partenaires et des professionnels de santé.
Le dispositif repose sur une coopération entre trois acteurs : la personne accompagnée, un professionnel de santé et un patient-partenaire. L’objectif n’est donc pas d’ajouter une intervention isolée de pair-aidance au parcours existant, mais d’articuler les différentes formes d’accompagnement.
La recherche accorde également une place centrale aux savoirs expérientiels. Les auteurs ont cherché à identifier et expliciter les savoirs mobilisés par les patients-partenaires, aussi bien dans l’accompagnement de leurs pairs que dans leurs interactions avec les professionnels. Ces savoirs peuvent contribuer au pouvoir d’agir des personnes accompagnées, mais également transformer les représentations et les pratiques professionnelles.
L’expérimentation a permis d’identifier cinq facteurs de succès pour la mise en œuvre d’un projet de partenariat en santé. Les auteurs soulignent notamment l’importance d’une démarche pragmatique et évolutive, de la reconnaissance des savoirs expérientiels, de l’implication des patients dès la conception des projets, d’une gouvernance partagée et d’une clarification des rôles.
Un travail particulièrement intéressant pour penser concrètement la place des patients-partenaires dans les parcours et les organisations de santé.

Une vidéo de moins de trois minutes peut-elle réduire la stigmatisation des addictions ?
C’est une question simple, mais les résultats d’une nouvelle étude publiée dans eClinicalMedicine sont particulièrement intéressants.
Des chercheurs ont évalué les effets d’une courte vidéo animée de 2 minutes 40, sans paroles, racontant l’histoire d’un jeune poisson progressivement pris au piège d’une substance avant de rencontrer un autre poisson ayant lui-même traversé une expérience d’addiction.
L’essai contrôlé randomisé a été mené au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Afrique du Sud. 13 397 personnes ont participé à l’évaluation. Elles ont visionné soit la vidéo avec sa bande sonore, soit la même vidéo sans son, soit un contenu informatif classique sur les troubles liés à l’usage de substances.
Les résultats montrent un effet modeste mais significatif : immédiatement après le visionnage, le niveau moyen de stigmatisation était inférieur de 9 % dans le groupe ayant vu la vidéo avec sa bande sonore par rapport au groupe contrôle. Deux semaines plus tard, l’écart était encore de 4 %. La version sans bande sonore produit elle aussi un effet, mais plus faible.
Ces résultats sont intéressants car la stigmatisation n’est pas sans conséquence : elle peut favoriser l’exclusion, fragiliser le soutien social et constituer un frein à la demande d’aide. Les auteurs considèrent que ce type de récit animé pourrait trouver sa place dans des campagnes de déstigmatisation à destination du grand public.
Et le message de la vidéo résonne particulièrement avec la pair-aidance : la sortie de l’addiction n’y est pas représentée comme un chemin nécessairement solitaire, mais aussi comme une rencontre possible avec quelqu’un qui connaît ce chemin.
À voir : la vidéo et l’étude publiée dans eClinicalMedicine.

À Auray, Libr’Addict reprend avec un nouveau cycle d’éducation thérapeutique
En Bretagne, le programme d’éducation thérapeutique Libr’Addict reprend sur le territoire d’Auray.
Le nouveau cycle proposé sur le site de la CPTS d’Auray, coordonné par Alexandra Igui, débutera jeudi 10 septembre. Quelques places sont encore disponibles pour intégrer les séances.
Le dispositif s’inscrit dans une démarche d’éducation thérapeutique et de soutien au rétablissement. Les professionnels accompagnant des personnes susceptibles d’être intéressées peuvent donc leur présenter le programme et les orienter vers l’équipe.
Une initiative régionale qui illustre aussi l’intérêt de développer des réponses de proximité et des parcours adaptés aux besoins des personnes.
À retrouver : les informations et modalités d’inscription au programme Libr’Addict à Auray.

À Saint-Brieuc, accompagner les vulnérabilités au-delà de l’addiction
Un reportage du Télégramme nous emmène cette semaine à Saint-Brieuc, à la rencontre d’un mandataire judiciaire à la protection des majeurs.
Son témoignage rappelle la diversité des situations rencontrées par les personnes sous tutelle ou curatelle : handicap, isolement, difficultés sociales, pauvreté ou encore addictions. Ces problématiques se cumulent fréquemment et rendent les situations de plus en plus complexes.
Près d’un million de personnes majeures bénéficient actuellement d’une mesure de protection en France. Le rôle du mandataire consiste à assister ou représenter la personne selon la mesure prononcée, tout en cherchant à respecter autant que possible ses choix et sa volonté.
Pour les acteurs de l’addictologie et de la pair-aidance, ce témoignage rappelle aussi l’importance de travailler avec l’ensemble de l’environnement social de la personne. À Saint-Brieuc, trois associations tutélaires accompagnent ces publics : l’Acap 22, l’APM 22 et l’Udaf 22.
Dans le cadre de l’accompagnement du tabagisme notamment, les enjeux sanitaires peuvent ainsi rencontrer très directement ceux de l’autonomie financière et du pouvoir d’agir. C’est précisément ce lien qui a conduit l’équipe As’ter Bretagne à relayer ce témoignage auprès des intervenants pairs tabac.
À lire : le témoignage publié par Le Télégramme.
Tabac : le trafic de cigarettes change d’échelle
Une enquête publiée par Décideurs Magazine s’intéresse à une autre facette du tabac : le développement d’une véritable industrie clandestine de la cigarette en France.
Les trafics ne reposent plus seulement sur des achats transfrontaliers ou de la vente à la sauvette. Des unités clandestines de fabrication ont été découvertes sur le territoire français et les organisations impliquées disposent désormais de capacités importantes de production, de stockage et de distribution.
En 2024, plus d’un quart des réseaux de criminalité organisée démantelés par les douanes françaises concernaient la fraude au tabac. Le nombre de personnes mises en cause pour des infractions douanières liées au tabac est passé de 893 en 2019 à 2 314 en 2024. En 2025, la Douane a intercepté 548 tonnes de tabac en France et participé à la saisie de 284 tonnes supplémentaires à l’étranger.
Cette évolution concerne aussi le Grand Ouest : en 2025, plus de cinq tonnes de cigarettes ont notamment été découvertes dans un entrepôt de la région nantaise. Pour l’Office national anti-fraude, ces affaires témoignent de l’implication d’organisations criminelles disposant désormais de moyens logistiques et financiers considérables.
L’article montre ainsi comment le trafic de tabac s’intègre progressivement à des formes de polycriminalité, parfois aux côtés des stupéfiants et d’autres trafics.
À lire : l’enquête de Décideurs Magazine sur l’évolution du trafic de tabac en France.
Arrêt du tabac : une tabacologue répond aux questions du grand public
Enfin, la question de l’arrêt du tabac s’est invitée cette semaine dans une émission grand public de TF1.
La tabacologue Marion Adler, de l’hôpital Antoine-Béclère, était invitée le 1er septembre pour répondre aux questions autour de la dépendance et de l’arrêt du tabac.
Au-delà du contenu de cette séquence, sa diffusion sur une grande chaîne généraliste participe à rendre plus visibles les possibilités d’accompagnement et à rappeler que l’arrêt du tabac peut être soutenu par des professionnels.
À voir : « Une tabacologue vous répond : Et si vous arrêtiez de fumer ? » sur TF1 Info.
À retenir cette semaine
Cette veille du 31 août fait ressortir plusieurs fils conducteurs :
- les parcours en addictologie restent solides dans leurs principes mais sous tension, avec des enjeux majeurs de repérage, d’accès, de coordination et de continuité des soins ;
- la participation des personnes concernées peut aller bien au-delà de la consultation, jusqu’à la co-construction et à l’organisation des parcours avec les professionnels ;
- les savoirs expérientiels constituent de véritables ressources pour accompagner les pairs, favoriser leur pouvoir d’agir et enrichir les pratiques professionnelles ;
- agir sur les représentations fait partie de la réponse aux addictions : une intervention numérique extrêmement courte peut déjà produire un effet mesurable sur la stigmatisation ;
- en Bretagne, les réponses de proximité et la coopération entre acteurs restent essentielles, qu’il s’agisse d’éducation thérapeutique à Auray ou de l’accompagnement de personnes particulièrement vulnérables à Saint-Brieuc ;
- enfin, les questions liées au tabac dépassent le seul champ sanitaire, entre accompagnement à l’arrêt et transformation profonde des trafics.
Des politiques publiques aux initiatives territoriales, de la recherche aux savoirs expérientiels, cette semaine illustre une nouvelle fois combien l’amélioration des réponses aux addictions repose sur la capacité à croiser les regards, décloisonner les pratiques et construire avec les personnes concernées.
Continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.









