Après quelques semaines de pause estivale, la veille addictologie en Bretagne reprend avec une actualité déjà bien fournie.
Cette semaine, plusieurs sujets interrogent directement la manière dont nous prévenons, accompagnons et parlons des addictions : la réduction des risques au cœur d’un festival breton, les inégalités d’accès aux nouveaux traitements de substitution aux opioïdes, mais aussi deux regards médiatiques sur les addictions et les personnes concernées.
La pair-aidance sera également au rendez-vous de la rentrée avec un webinaire consacré aux savoirs expérientiels, à leur reconnaissance et à la place qu’ils peuvent prendre dans les pratiques et les organisations.
Au Motocultor, la réduction des risques au plus près des festivaliers
À Carhaix-Plouguer, dans le Finistère, le Motocultor Festival a accueilli pendant quatre jours un stand consacré à la prévention et à la réduction des risques.
Dix bénévoles y étaient mobilisés pour informer et accompagner les festivaliers autour des risques liés aux consommations de substances, mais aussi des risques sexuels et auditifs. Jusqu’à 3 000 personnes par jour sont passées par le stand.
Du matériel de réduction des risques y était proposé gratuitement : « roule ta paille », kits destinés à réduire les risques liés au crack ou à l’injection, boîtes de récupération des aiguilles, mais également bouchons d’oreilles, protections hygiéniques ou crème solaire.
Au-delà de la distribution de matériel, cette présence constitue aussi une porte d’entrée vers le soin. Les échanges peuvent favoriser une première approche et, lorsque la personne le souhaite, une orientation vers les structures adaptées.
Une belle illustration de l’aller-vers : être présent là où se trouvent les personnes, informer sans jugement et réduire les risques sans conditionner l’accompagnement à l’arrêt des consommations.
Dépendance aux opioïdes : des innovations encore très peu accessibles
Une tribune publiée le 14 août dans L’Express par un collectif de médecins, d’élus et de responsables associatifs alerte sur les inégalités d’accès aux traitements de substitution aux opioïdes (TSO) de longue durée d’action.
Depuis 2021, de nouvelles formes injectables permettent, pour certains patients, de remplacer une prise quotidienne par une administration hebdomadaire ou mensuelle. Elles peuvent notamment favoriser la stabilité du traitement et limiter certains risques de mésusage. Pourtant, leur accès reste très inégal selon les territoires.
Alors que plus de 170 000 personnes sont traitées par TSO en France et que 23 000 pourraient être éligibles à ces nouvelles formes, moins d’un patient sur cent y aurait aujourd’hui accès. Les auteurs soulignent notamment les difficultés financières rencontrées par les CSAPA pour proposer ces traitements et l’absence d’un accès équivalent sur l’ensemble du territoire.
Le collectif appelle à rendre ces traitements accessibles dans le circuit de ville et à garantir leur remboursement, comme pour les TSO historiques.
Un sujet qui rappelle que l’innovation thérapeutique ne suffit pas : encore faut-il que les personnes susceptibles d’en bénéficier puissent réellement y accéder.
Addictions : le débat s’invite sur France Inter
Le 17 août, Le Débat de midi sur France Inter consacrait une émission à une question volontairement provocatrice : « L’État a-t-il abandonné ses drogués ? »
Autour de la table : Khadija Saraoui Chapuis, sociologue et directrice de l’association Réseaux 13, Nicolas Prisse, président de la MILDECA, et Jean-Victor Blanc, psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine et spécialiste du chemsex.
Le débat propose des regards différents sur les consommations de drogues, les réponses publiques et les réalités vécues par les personnes concernées. Il aborde aussi la question du chemsex et des risques liés à la composition parfois incertaine des produits consommés.
Une émission intéressante pour sortir des seuls espaces professionnels et observer aussi la manière dont les addictions, la réduction des risques et les politiques publiques sont aujourd’hui discutées dans les médias généralistes.
Camille Charvet : regarder les addictions dans toute leur diversité
Autre regard médiatique cette semaine : la psychiatre et addictologue Camille Charvet était l’invitée de l’émission 28 minutes sur ARTE le 18 août.
À l’occasion de la parution de son livre Les Assoiffés, publié en janvier 2026 chez Grasset, elle aborde les multiples visages de l’addiction : drogues, alcool, jeux d’argent ou encore pornographie.
Cette séquence d’une dizaine de minutes offre un format accessible pour parler des addictions au-delà d’un produit ou d’un comportement particulier et rappeler la diversité des situations concernées.
L’émission reste disponible en replay sur ARTE jusqu’au 18 août 2027.
À noter : un webinaire sur la pair-aidance et les savoirs expérientiels
Le 17 septembre 2026 à 12 h 15, le Collectif Pair-Aidance Addiction organise un webinaire consacré à la pair-aidance et aux savoirs expérientiels.
Quatre temps d’échange permettront de croiser les regards autour des savoirs expérientiels, de l’éthique, de la professionnalisation et des perspectives de la pair-aidance.
Professionnels, chercheurs, spécialistes et personnes engagées dans la pair-aidance et le partenariat en santé viendront confronter leurs regards autour d’une question commune : comment mieux reconnaître les savoirs issus de l’expérience et leur donner une place dans les pratiques et les organisations ?
Un rendez-vous ouvert à toutes celles et ceux qui souhaitent réfléchir aux évolutions actuelles de la pair-aidance.
17 septembre 2026 – 12 h 15
Accéder au webinaire et activer le rappel : https://www.youtube.com/watch?v=yu5go2SLgJs
À retenir cette semaine
Pour cette première veille après la pause estivale, cinq sujets se dégagent :
- la réduction des risques et l’aller-vers trouvent toute leur place dans les espaces festifs, comme le montre l’expérience du Motocultor ;
- l’accès aux innovations thérapeutiques reste très inégal pour les personnes dépendantes aux opioïdes ;
- les addictions occupent une place croissante dans le débat public et médiatique ;
- parler des addictions dans leur diversité contribue aussi à dépasser les représentations centrées sur certains produits ou certains profils ;
- la rentrée sera également marquée par de nouveaux espaces de réflexion autour de la pair-aidance et des savoirs expérientiels.
Une reprise qui rappelle combien l’addictologie se construit à la croisée des soins, de la réduction des risques, des politiques publiques, des représentations sociales et de l’expérience des personnes concernées.
La veille est de retour : continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.









