Veille addictologie en Bretagne – semaine du 7 septembre 2026

Cette semaine, la veille addictologie en Bretagne s’ouvre avec une publication particulièrement attendue : les nouvelles données du dispositif TREND sur les substances psychoactives, les usages et les marchés à Rennes et en Bretagne en 2025. Elles confirment notamment la place croissante prise par la cocaïne dans les observations régionales.

L’actualité est également marquée par plusieurs évolutions des politiques publiques. La loi RIPOST, promulguée cet été, modifie l’arsenal législatif concernant les usages de drogues, tandis que le chemsex fait pour la première fois l’objet d’un axe spécifique dans la nouvelle Stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030.

Du côté de la recherche, plusieurs publications invitent à regarder autrement les facteurs de vulnérabilité et les conséquences des consommations : liens entre TDAH et addictions, tabagisme passif, fertilité ou encore solitude.

Enfin, des ressources très concrètes sont proposées pour développer le pouvoir d’agir, avec un nouveau MOOC accessible à tous, une formation au dépistage du cancer du poumon et, en Bretagne, des ateliers d’éducation thérapeutique à Groix.


En Bretagne : cocaïne, nouveaux produits et marchés en évolution

L’OFDT publie les nouvelles données du dispositif TREND – Tendances récentes et nouvelles drogues concernant Rennes et la Bretagne en 2025.

Les observations régionales s’inscrivent dans la continuité des deux années précédentes, avec un produit qui concentre une nouvelle fois une grande partie de l’attention : la cocaïne. Sa disponibilité demeure importante en Bretagne. La baisse de son prix observée depuis plusieurs années contribue également à élargir le nombre de personnes qui en consomment, quels que soient les espaces observés.

Cette publication est particulièrement intéressante pour les professionnels, acteurs de la réduction des risques et personnes concernées du territoire : elle permet de suivre non seulement les produits consommés, mais également l’évolution des pratiques, des publics et des marchés. Elle constitue ainsi une photographie régionale précieuse pour adapter les actions de prévention, de réduction des risques et d’accompagnement aux réalités du terrain.

À lire : « Substances psychoactives, usagers et marchés. Tendances récentes à Rennes et en Bretagne en 2025 » – OFDT.


Loi RIPOST : ce qui change concernant les usages de drogues

Promulguée le 18 août 2026, la loi RIPOST introduit plusieurs évolutions importantes concernant les drogues et leurs usages.

La Fédération Addiction propose un décryptage des principales dispositions susceptibles d’avoir des conséquences directes pour les personnes concernées comme pour les acteurs de l’addictologie.

Parmi les mesures présentées figurent notamment l’augmentation de l’amende forfaitaire pour usage de stupéfiants, la création d’un nouveau délit lié au protoxyde d’azote, le renforcement de la répression concernant les free parties ainsi que de nouvelles infractions routières.

Au-delà des dispositions juridiques elles-mêmes, cette nouvelle loi vient donc alimenter un débat plus large sur l’équilibre entre répression des usages, prévention, réduction des risques et accompagnement en santé.

À lire : le décryptage de la loi RIPOST proposé par la Fédération Addiction.


Chemsex : une entrée dans la Stratégie nationale de santé sexuelle

C’est une évolution importante : pour la première fois, le chemsex fait l’objet d’un axe spécifique dans la Stratégie nationale de santé sexuelle 2026-2030, publiée le 7 septembre par le ministère de la Santé.

La feuille de route affirme la nécessité d’articuler santé sexuelle, addictologie, santé mentale et réduction des risques. Deux orientations sont notamment prévues : renforcer la prévention, la réduction des risques et la formation des professionnels, mais aussi structurer des parcours de soins pluridisciplinaires et intégrés.

La stratégie ouvre également une réflexion sur les effets que peut avoir la pénalisation des usages de drogues sur l’appel aux secours. Pour la Fédération Addiction, cette reconnaissance rejoint plusieurs enseignements du projet ARPA-Chemsex mené avec AIDES, mais devra désormais être accompagnée de moyens et d’une mise en œuvre effective dans les territoires.

Une évolution qui rappelle combien certains usages nécessitent de décloisonner les réponses plutôt que de les envisager uniquement sous l’angle d’un produit ou d’une pratique.

À lire : Stratégie nationale de santé sexuelle 2017-2030


CBD ou cannabinoïdes de synthèse : savoir ce que l’on consomme devient un enjeu de réduction des risques

HHC, THCX, MDMB… Derrière certains produits présentés ou perçus comme proches du CBD peuvent se trouver des molécules de synthèse aux effets très différents.

Un grand format publié par Actu.fr le 4 septembre s’intéresse à la diffusion de ces substances dans les boutiques et bureaux de tabac et à la confusion qu’elles peuvent entretenir avec le CBD.

Cette évolution soulève un enjeu important de réduction des risques : un produit ressemblant à du CBD, vendu dans les mêmes espaces ou présenté de manière proche, n’en possède pas nécessairement la composition ni les effets.

Dans un marché où les molécules évoluent rapidement, mieux informer sur les produits réellement consommés, leurs effets et leurs risques devient donc essentiel.

À lire : l’article d’Actu.fr (réservé aux abonnés)


TDAH et addictions : pourquoi toutes les personnes ne présentent-elles pas la même vulnérabilité ?

Le lien entre TDAH et addictions est souvent présenté sous l’angle d’un risque accru. Une nouvelle revue propose d’aller plus loin : pourquoi certaines personnes ayant un TDAH développent-elles une addiction alors que beaucoup d’autres n’en développent pas ?

Les auteurs proposent notamment d’explorer plusieurs mécanismes liés au système de récompense : apprentissage par renforcement, préférence pour la récompense immédiate, contrôle inhibiteur et dysrégulation émotionnelle.

L’intérêt de cette approche est de ne pas considérer le diagnostic de TDAH comme déterminant à lui seul. Il s’agit plutôt d’identifier différents profils de vulnérabilité et, à l’inverse, les trajectoires dans lesquelles des facteurs de protection peuvent intervenir.

Une approche qui invite à penser la prévention et l’accompagnement de manière individualisée, en tenant compte des mécanismes mais aussi des trajectoires de vie.

À lire : la revue scientifique consacrée aux vulnérabilités communes entre TDAH et troubles liés à l’usage de substances.


Tabagisme passif : un fardeau sanitaire mondial toujours considérable

Une nouvelle analyse issue du Global Burden of Disease 2023, publiée dans The Lancet Public Health, apporte des données particulièrement importantes sur l’exposition à la fumée secondaire.

En 2023, environ 2,71 milliards de personnes auraient été exposées au tabagisme passif dans le monde, dont 767 millions d’enfants de moins de 15 ans. Cette exposition aurait contribué à environ 1,66 million de décès et à la perte de 44,8 millions d’années de vie en bonne santé.

Si la proportion de personnes exposées a diminué de 22 % entre 1990 et 2023, leur nombre total est resté presque stable en raison notamment de la croissance démographique. Les femmes et les enfants supportent une part importante de ce fardeau.

Les auteurs appellent à renforcer l’application des politiques de lutte contre le tabagisme et de protection contre l’exposition à la fumée secondaire.

À lire : l’étude publiée dans The Lancet Public Health.


Tabac : des conséquences aussi sur la fertilité et la vie sociale

Deux autres publications viennent cette semaine élargir le regard sur les conséquences du tabagisme.

Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé relayé par Franceinfo indique que les femmes qui fument présentent un risque d’infertilité supérieur de 40 % à celui des non-fumeuses. À l’inverse, les femmes ayant arrêté de fumer présenteraient un risque d’infertilité inférieur de 25 % à celui des femmes qui continuent de fumer.

Une autre étude européenne, présentée au congrès de l’European Respiratory Society, s’intéresse à une dimension moins souvent abordée : la solitude. Les chercheurs ont analysé les données de plus de 50 000 personnes dans 15 pays européens et constaté que les personnes qui fumaient étaient plus seules que les non-fumeurs et connaissaient une augmentation plus importante de leur solitude au fil du temps.

Les auteurs évoquent plusieurs mécanismes possibles, notamment les limitations liées aux maladies provoquées par le tabagisme ou l’évolution des normes sociales autour de la fumée. Ils insistent toutefois sur un point essentiel : ces résultats doivent servir à améliorer l’accompagnement à l’arrêt sans renforcer la stigmatisation des personnes qui fument.

Ces deux publications rappellent ainsi que les conséquences du tabagisme dépassent largement les pathologies auxquelles on l’associe habituellement.


À Groix, sept ateliers pour accompagner les personnes concernées par une addiction

Retour en Bretagne, où la Maison de santé de Groix, dans le Morbihan, proposera à partir du 1er octobre 2026 un nouveau programme d’éducation thérapeutique.

Sept ateliers seront proposés aux personnes concernées par une dépendance à l’alcool, aux drogues ou aux médicaments.

Cette initiative de proximité illustre l’intérêt de proposer, au plus près des lieux de vie, des espaces permettant aux personnes de mieux comprendre leurs difficultés, d’acquérir des outils et de devenir davantage actrices de leur parcours.

Les personnes intéressées peuvent soit en parler à leur médecin, soit s’inscrire directement à la pharmacie, soit s’inscrire par mail ou par téléphone aux contacts ci-dessous.

Inscriptions : Patricia au 06 64 03 60 65 ou par mail : coordoetp.gx@gmail.com

À découvrir : les ateliers proposés par la Maison de santé de Groix.


Pour comprendre et agir : un MOOC ouvert à tous

Autre ressource intéressante cette semaine : le MOOC « 6 clés sur les addictions et pour le pouvoir d’agir ».

Gratuit et sans prérequis, il se déroulera du 29 septembre au 6 décembre pour une durée totale annoncée de 12 heures. Il s’adresse à un public particulièrement large : professionnels du soin, de la prévention, du social, de l’éducation ou de la justice, mais aussi étudiants, personnes concernées, pairs-aidants, patients experts et citoyens.

Le programme propose six clés pour répondre à des questions fondamentales sur les drogues et les addictions. Parmi les objectifs : participer à des actions de prévention et d’intervention précoce, mieux comprendre comment agir ensemble, acquérir un langage commun et se sentir plus à l’aise pour engager le dialogue autour des consommations.

Au moment du partage sur l’ENT, 159 places étaient encore disponibles.

À découvrir : le MOOC « 6 clés sur les addictions et pour le pouvoir d’agir ».


Cancer du poumon : devenir ambassadeur du dépistage

Enfin, le CNMR propose une courte formation en ligne pour devenir ambassadeur ou ambassadrice du dépistage du cancer du poumon.

Accessible à toutes et tous, cette formation de niveau 1 vise à transmettre les connaissances de base permettant de renseigner et d’orienter les personnes intéressées par le dépistage.

Le format se veut particulièrement accessible : gratuit, entièrement en ligne, quatre modules de dix minutes, avec une attestation délivrée à l’issue de la formation.

Une ressource qui peut notamment intéresser les professionnels, intervenants pairs et acteurs de terrain amenés à échanger avec des personnes qui fument ou ont fumé.

À découvrir : la formation Ambassadeur du dépistage du cancer du poumon.


Et aussi : les addictions comme enjeu de société

Pour compléter cette veille, le Gouvernement propose un nouveau numéro d’Agora consacré aux addictions et au narcotrafic.

Le programme croise les regards de Dimitri Zoulas, chef de l’OFAST, de l’addictologue Laurent Karila, de Nelly David, directrice générale d’Addictions France, et de Matthieu Delormeau, qui témoigne de son propre parcours.

Les échanges abordent les mécanismes de l’addiction et l’illusion de maîtrise, mais également les conséquences sociales des consommations, la structuration des réseaux criminels et l’évolution des modes de distribution.

Le croisement entre expertise professionnelle et témoignage d’une personne concernée est intéressant, même si le cadrage général autour du « vrai prix de la drogue » mérite lui aussi d’être regardé avec recul.

À voir : l’émission Agora et son dossier consacré aux addictions.


À retenir cette semaine

Cette veille du 7 septembre fait apparaître plusieurs évolutions importantes :

  • en Bretagne, les marchés évoluent, avec une cocaïne toujours très disponible et des usages qui continuent de retenir particulièrement l’attention du dispositif TREND ;
  • les politiques publiques évoluent elles aussi, entre durcissement de la réponse pénale avec la loi RIPOST et reconnaissance du chemsex comme enjeu transversal de santé dans la nouvelle Stratégie nationale de santé sexuelle ;
  • l’apparition et la diffusion de nouveaux cannabinoïdes de synthèse rappellent l’importance d’une information fiable sur les produits et de la réduction des risques ;
  • la recherche invite à dépasser les raccourcis, qu’il s’agisse des liens entre TDAH et addictions ou des multiples conséquences sanitaires et psychosociales du tabagisme ;
  • en Bretagne comme ailleurs, l’accompagnement de proximité, l’éducation thérapeutique et le développement du pouvoir d’agir restent des leviers essentiels ;
  • enfin, de nouvelles ressources de formation permettent aux professionnels, personnes concernées, pairs et citoyens de mieux comprendre les addictions et de contribuer à la prévention.

Des marchés aux politiques publiques, de la recherche aux initiatives locales, cette semaine rappelle surtout qu’il n’existe pas une seule manière de regarder les addictions. Comprendre les produits ne suffit pas : il faut aussi comprendre les personnes, leurs environnements, leurs vulnérabilités, leurs ressources et les réponses que la société construit autour d’elles.

Continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie, la réduction des risques et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.