Cette semaine, la veille addictologie en Bretagne met en lumière plusieurs enjeux qui traversent les pratiques de prévention, d’accompagnement et de soins.
À Dinan, la mobilisation autour d’une possible réduction des capacités d’hospitalisation en addictologie rappelle les tensions qui peuvent peser sur l’accès aux soins spécialisés. Dans le même temps, le dispositif Mois sans tabac Bretagne présente un site renouvelé pour accompagner les professionnels et les acteurs de terrain dans la préparation de l’édition 2026.
Du côté de la recherche, deux études apportent des éclairages complémentaires : l’une sur l’intérêt des incitations financières pour soutenir l’arrêt du tabac chez des personnes orientées vers le dépistage du cancer du poumon, l’autre sur le rôle du tabagisme dans la progression d’une atteinte de la rétine liée à la drépanocytose.
Enfin, un guide suisse consacré aux addictions chez les personnes âgées et un prochain live sur les idées reçues autour du sevrage tabagique complètent cette édition.
À Dinan, des inquiétudes autour de l’avenir des lits d’addictologie
La situation de l’hôpital de Dinan, dans les Côtes-d’Armor, suscite de nouvelles inquiétudes concernant l’accès aux soins.
Le jeudi 8 octobre, des personnels hospitaliers, représentants syndicaux et habitants se sont mobilisés devant l’établissement pour dénoncer les difficultés d’effectifs et les risques de réduction des capacités d’accueil, notamment dans le service d’addictologie.
Selon les syndicats CGT et Sud Santé, huit des vingt lits du service pourraient être fermés, ramenant sa capacité à douze lits. Les représentants du personnel évoquent également une diminution du nombre de médecins addictologues, passé de trois à une seule, ainsi qu’une possible réaffectation de personnels soignants.
À ce stade, ces informations correspondent aux annonces et inquiétudes exprimées par les syndicats. Les documents consultés ne permettent pas de confirmer que les huit lits ont effectivement fermé. Cette situation interroge néanmoins la capacité des établissements à maintenir une offre de soins spécialisée et accessible sur leur territoire.
En addictologie, les hospitalisations peuvent constituer une étape importante du parcours, notamment lorsque les situations nécessitent une surveillance médicale, une prise en charge de complications ou un accompagnement intensif.
Une réduction des capacités disponibles pourrait donc avoir des conséquences sur les délais d’accès, les orientations et la continuité des parcours. Une situation à suivre, tant pour les professionnels que pour les personnes concernées et leurs proches.
Mois sans tabac 2026 : le site professionnel breton fait peau neuve
À quelques semaines du Mois sans tabac, le dispositif régional breton propose une nouvelle version de son site destiné aux professionnels et aux partenaires.
L’objectif est de faciliter la préparation et le déploiement d’actions locales en proposant un accès centralisé aux ressources disponibles.
Le site rassemble notamment des outils pour monter un projet, des formations en tabacologie et en entretien motivationnel, des informations sur les financements mobilisables et des ressources permettant de valoriser ou d’évaluer les actions réalisées. Il propose également des actualités, des vidéos pédagogiques et des informations sur la campagne 2026.
Cette nouvelle organisation peut faciliter le travail des professionnels de santé, des associations et des acteurs sociaux qui souhaitent participer à la mobilisation de novembre.
Elle rappelle également que l’accompagnement à l’arrêt du tabac ne repose pas uniquement sur les consultations spécialisées : les actions de proximité, les partenariats territoriaux et l’entraide peuvent contribuer à rendre les ressources plus visibles et accessibles.
Une plateforme à découvrir et à partager auprès des acteurs bretons engagés dans le Mois sans tabac.
Arrêt du tabac : les incitations financières peuvent-elles renforcer les chances de réussite ?
Une étude américaine publiée le 5 octobre dans la revue JAMA s’intéresse à une question encore peu explorée dans les pratiques françaises : l’intérêt d’une récompense financière pour soutenir l’arrêt du tabac.
L’essai randomisé a inclus 3 220 adultes confrontés à des difficultés d’accès aux soins et orientés vers un dépistage du cancer du poumon. Quatre stratégies ont été comparées, allant d’une intervention habituelle de conseil et d’orientation à un accompagnement associant traitements gratuits, incitations financières et outil numérique.
Les résultats à six mois montrent des différences significatives :
| Stratégie | Abstinence prolongée |
|---|---|
| Conseil et orientation habituels | 4,3 % |
| Avec traitements gratuits | 5,1 % |
| Avec traitements et incitations financières | 8,8 % |
| Avec traitements, incitations et outil numérique | 7,2 % |
Les incitations financières, pouvant atteindre 600 dollars, étaient conditionnées à une abstinence confirmée par des tests biologiques. Elles ont permis de plus que doubler le taux d’abstinence par rapport à la prise en charge habituelle. En revanche, l’ajout de l’outil numérique n’a pas apporté de bénéfice supplémentaire démontré.
Ces résultats méritent toutefois d’être replacés dans leur contexte. Les taux d’arrêt restent relativement faibles dans les quatre groupes. Par ailleurs, les interventions testées ne comprenaient pas d’accompagnement individualisé approfondi, ce qui limite les conclusions que l’on peut tirer sur la place des traitements lorsqu’ils sont associés à un soutien plus complet.
Cette étude ne signifie donc pas qu’une récompense financière suffirait à arrêter de fumer. Elle suggère plutôt qu’elle pourrait constituer un levier complémentaire, particulièrement intéressant auprès de populations confrontées à des difficultés sociales et sanitaires.
Une piste de réflexion sur la diversité des moyens permettant de soutenir la motivation et l’accès à l’arrêt.
À lire : l’étude publiée dans JAMA.

Tabagisme et drépanocytose : un risque accru de progression des atteintes de la rétine
Une autre étude, publiée dans l’American Journal of Ophthalmology, apporte des données sur les conséquences du tabagisme chez les personnes atteintes de drépanocytose.
Cette maladie génétique du sang peut entraîner des complications vasculaires touchant notamment la rétine, avec un risque d’altération de la vision.
Les chercheurs ont étudié rétrospectivement les dossiers de 317 patients, représentant 620 yeux, suivis dans un centre spécialisé américain entre 2013 et 2023.
Leurs résultats montrent que, parmi les personnes présentant une rétinopathie drépanocytaire proliférante, celles qui fumaient au moment du diagnostic avaient un risque de progression vers une forme plus avancée environ 2,8 fois plus élevé que les autres patients.
L’association observée était statistiquement significative, tandis que les antécédents de tabagisme au cours de la vie n’étaient pas associés à la progression dans cette cohorte.
Ces données renforcent l’intérêt d’intégrer l’accompagnement à l’arrêt du tabac dans la prise en charge des personnes atteintes de drépanocytose, en complément d’une surveillance ophtalmologique adaptée.
Il s’agit cependant d’une étude observationnelle : elle met en évidence une association entre tabagisme actif et progression de la maladie, sans démontrer directement qu’un arrêt du tabac permettrait à lui seul d’empêcher cette évolution.
Elle rappelle néanmoins que les bénéfices potentiels du sevrage concernent de nombreuses dimensions de la santé, parfois moins connues que les maladies cardiovasculaires ou respiratoires.
À lire : l’étude dans l’American Journal of Ophthalmology.

Addictions chez les personnes âgées : un guide suisse pour accompagner les professionnels
Les addictions chez les personnes âgées restent parfois insuffisamment repérées, notamment lorsque les consommations sont anciennes, banalisées ou associées à d’autres problématiques de santé.
Le canton de Fribourg, en Suisse, propose un guide d’orientation destiné aux professionnels, dans la continuité d’un rapport publié en 2021 sur les problématiques d’addictions chez les personnes âgées.
L’objectif est d’apporter des pistes concrètes de réflexion et d’action à partir de situations rencontrées sur le terrain.
La ressource s’appuie notamment sur plusieurs situations illustrées : une femme de 72 ans dont la consommation d’alcool est associée à des chutes, un homme de 84 ans présentant une dépendance à des somnifères prescrits, ou encore une femme de 68 ans confrontée à une addiction aux jeux d’argent dans un contexte de perte d’autonomie.
Ces exemples montrent combien les situations peuvent être diverses et nécessiter une approche qui tienne compte à la fois des consommations, de l’état de santé, de l’autonomie, de l’environnement social et du vécu de la personne.
Le guide présente un intérêt particulier pour les professionnels intervenant en gériatrie, à domicile, en établissement médico-social ou en addictologie.
Au-delà du repérage, il invite à réfléchir à des accompagnements adaptés, respectueux des choix des personnes et de leur qualité de vie.
À découvrir : le guide « Addiction chez les personnes âgées » du canton de Fribourg.
Idées reçues sur le sevrage tabagique : un live #JNFP le 13 octobre
Peut-on arrêter de fumer sans prendre de poids ? Les substituts nicotiniques entretiennent-ils la dépendance ? Faut-il nécessairement souffrir du manque pour réussir son arrêt ?
Les idées reçues sur le sevrage tabagique restent nombreuses et peuvent parfois constituer des freins à la démarche d’arrêt.
Le mardi 13 octobre à 18 h, l’association Je ne fume plus ! accueillera le Dr Jean Perriot, pneumo-phtisiologue, tabacologue et addictologue, pour un live consacré à ces représentations et aux connaissances permettant de les déconstruire.
Cette rencontre sera diffusée gratuitement sur YouTube et restera disponible en replay.
Un rendez-vous intéressant pour les personnes concernées, leurs proches et les professionnels souhaitant disposer d’informations accessibles sur l’accompagnement de l’arrêt du tabac.
À noter : mardi 13 octobre à 18 h, sur la chaîne YouTube de JNFP.
À retenir cette semaine
Cette veille du 5 octobre met en évidence plusieurs enjeux complémentaires :
- L’accès aux soins spécialisés en addictologie reste une préoccupation majeure, comme le montre la mobilisation autour de l’hôpital de Dinan.
- Les acteurs bretons du Mois sans tabac disposent d’un site renouvelé pour préparer leurs actions et accéder aux ressources régionales.
- La recherche explore de nouveaux leviers d’accompagnement, notamment les incitations financières, dont l’efficacité doit être appréciée au regard des populations concernées et des modalités de soutien proposées.
- Les bénéfices de l’arrêt du tabac concernent également des complications moins souvent évoquées, comme certaines atteintes oculaires associées à la drépanocytose.
- Les addictions chez les personnes âgées nécessitent des approches adaptées, tenant compte des situations de vie, de l’autonomie et des besoins individuels.
Derrière ces actualités, une même question traverse les différents sujets : comment rendre les accompagnements plus accessibles, mieux adaptés et plus continus tout au long des parcours de vie ?
Les résultats de la recherche, les ressources professionnelles et les initiatives territoriales constituent autant de leviers pour faire évoluer les pratiques. Ils gagnent à être articulés avec les expériences, les attentes et les choix des personnes concernées.
Continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie, la réduction des risques et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.









