Veille addictologie en Bretagne – semaine du 28 septembre 2026

Cette semaine, la veille croise plusieurs dimensions de l’addictologie : évolution des traitements, accessibilité de l’information, formation à la pair-aidance, organisation des parcours et réduction des risques.

Du côté du tabac, les perspectives thérapeutiques évoluent, avec une attention particulière portée à la cytisine – ou cytisinicline -, tandis qu’un nouveau livret en facile à lire et à comprendre rappelle l’importance de rendre les informations sur l’arrêt accessibles au plus grand nombre.

En Bretagne, plusieurs rendez-vous mettent également en avant la continuité des parcours, la formation à la pair-aidance et la place des savoirs expérientiels. Enfin, un témoignage sur la kétamine invite à dépasser une lecture uniquement centrée sur les risques pour chercher aussi à comprendre ce que les personnes trouvent dans leurs consommations.

Sevrage tabagique : de nouvelles perspectives médicamenteuses

Les traitements disponibles pour accompagner l’arrêt du tabac pourraient évoluer dans les prochains mois.

Un article du Quotidien du Médecin revient notamment sur la cytisine, également appelée cytisinicline. Cette molécule d’origine végétale agit, comme la varénicline, sur les récepteurs nicotiniques. La spécialité Liberostin a obtenu une autorisation de mise sur le marché en France en 2025, puis un avis favorable de la Commission de la transparence de la HAS en mai 2026, avec un remboursement fixé à 35 %. Sa commercialisation en France est annoncée comme prochaine.

Une étude italienne présentée lors de la World Conference on Lung Cancer 2026 apporte parallèlement des données concernant les personnes âgées. Dans la cohorte étudiée, environ la moitié des participants ayant reçu de la cytisine pendant 40 jours avaient arrêté de fumer, contre environ 8 % dans le groupe bénéficiant uniquement d’un accompagnement psychologique. Les effets indésirables rapportés étaient légers. Ces résultats restent cependant à interpréter avec prudence : il s’agit de données à court terme issues d’une étude en cours, dans une population pour laquelle les données disponibles étaient jusqu’ici limitées.

D’autres pistes sont étudiées, mais à des stades beaucoup plus exploratoires. L’article évoque notamment la psilocybine et les analogues du GLP-1. Pour ces derniers, les données disponibles restent limitées.

Une actualité à suivre, donc, mais qui rappelle aussi l’importance de distinguer ce qui relève déjà des options thérapeutiques et ce qui reste encore du domaine de la recherche.

Arrêter de fumer : rendre l’information accessible à tous

Autre ressource intéressante cette semaine : le RESPADD a mis en ligne un livret « Comment arrêter de fumer ? » en facile à lire et à comprendre (FALC). Livret facile à lire et à com…

En quelques pages et avec une présentation très visuelle, le document explique les principaux risques du tabac, les mécanismes de dépendance et les différentes aides disponibles. Il aborde notamment les substituts nicotiniques, leur dosage, la vape, le tabagisme passif ou encore les ressources permettant de trouver de l’aide.

Le livret rappelle également un message parfois encore mal connu : la nicotine est responsable de la dépendance, mais elle est présentée comme le produit le moins dangereux parmi les principaux composants de la fumée de tabac.

Au-delà du tabac, cette publication pose une question plus large : comment rendre les informations de santé réellement accessibles et utilisables par toutes et tous ?

Pair-aidance : de nouvelles formations proposées à Rennes 2

Du côté de la pair-aidance, le programme EXPAIRs de l’Université Rennes 2 poursuit le développement de son offre de formation.

Cinq formations courtes peuvent être suivies progressivement, sans niveau ni prérequis et entièrement à distance. Plusieurs sessions restent accessibles en 2026, notamment autour du travail en équipe et en partenariat, de la connaissance des contextes d’intervention et de l’analyse de la pratique. Pour 2027, les candidatures sont également ouvertes pour les modules « Savoirs expérientiels : théorie & pratique » et « Pair-Aidance & Relations de pairité ».

Le DU Pair-Aidance & Savoirs Expérientiels fera quant à lui sa rentrée en janvier 2028, avec une ouverture des candidatures annoncée pour février-mars 2027.

Une offre particulièrement intéressante dans une région où la reconnaissance, la professionnalisation et l’intégration des pairs dans les équipes continuent de se développer.

Pour 2026 :  Il est encore possible de candidater aux formations suivantes :

Pour 2027 : Les candidatures sont ouvertes pour les deux formations suivantes :

En savoir plus : Site EXPAIRs : https://expairs.net/fr/formations/formations-non-diplomantes

Pour le DU Pair-aidance : le D.U. Pair-Aidance & Savoirs Expérientiels débutera en janvier 2028  Les candidatures ouvriront en février/mars 2027. 

Retrouvez toutes les informations sur le contenu de la formation et les modalités de candidature :

▪  sur le site EXPAIRs
▪  sur le site de l’université Rennes 2

En Bretagne : penser aussi « l’après-ETP »

Que devient l’accompagnement une fois un programme d’éducation thérapeutique du patient terminé ?

C’est la question qui sera posée lors d’une matinée consacrée à « l’après-ETP », organisée le 10 novembre à Lanester et destinée aux professionnels ainsi qu’aux patients partenaires connaissant l’ETP.

Au programme : témoignages de patients ayant participé à un programme d’ETP, présentation d’initiatives territoriales, découverte des ressources disponibles et atelier participatif pour réfléchir collectivement à la continuité des accompagnements.

La question dépasse largement l’ETP : elle interroge la continuité des parcours et la manière dont les ressources professionnelles, associatives, communautaires et de pair-aidance peuvent prendre le relais ou se compléter dans la durée.

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Parcours de soins en addictologie : cinq territoires bretons à la loupe

Cette réflexion sur les parcours se poursuivra également à travers une série de webinaires consacrés à l’organisation des soins en addictologie en Bretagne.

Cinq territoires seront successivement abordés : Côtes-d’Armor le 13 octobre, Ille-et-Vilaine le 5 novembre, Finistère Sud le 17 novembre, Morbihan le 12 janvier 2027 et Finistère Nord le 26 janvier. Des professionnels des CSAPA, services hospitaliers, SMR addictologiques et dispositifs territoriaux viendront présenter leurs organisations et leurs expériences.

Ces rencontres peuvent permettre de mieux comprendre les ressources existantes, mais aussi les articulations entre structures et les particularités territoriales des parcours en addictologie.

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Kétamine : comprendre ce que la personne recherche dans le produit

Un témoignage publié par Courrier international apporte cette semaine un autre regard sur la kétamine.

Le chef et auteur britannique Alasdair Gill y raconte sa dépendance durant l’adolescence et les séquelles urinaires qu’il attribue aujourd’hui à ses consommations. Mais son récit présente surtout un intérêt par la manière dont il revient sur la fonction qu’avait le produit dans son parcours.

Il décrit moins une recherche d’euphorie qu’une recherche de distance : s’isoler, se dissocier de l’ennui, de l’angoisse ou de la dépression.

Le témoignage ne minimise pas les dommages : l’auteur évoque explicitement les conséquences persistantes sur sa vessie. Mais il met aussi en garde contre une représentation de la kétamine comme une simple « poudre diabolique », qui empêcherait de comprendre ce qui conduit certaines personnes à la rechercher et à continuer à la consommer malgré les risques.

Un regard particulièrement intéressant en réduction des risques : informer sur les dommages ne dispense pas de chercher à comprendre les bénéfices perçus et la fonction de la consommation dans l’histoire de la personne.

Désinformation en santé : de nouveaux repères face aux dérives

La Miviludes publie également une version actualisée de son guide « Santé et dérives sectaires », élaboré avec le ministère de la Santé et les Ordres professionnels.

Cette publication intervient dans un contexte où la santé et le bien-être concentrent une part importante des signalements reçus par la Miviludes. Le document attire notamment l’attention sur les risques d’emprise, d’arrêt de traitements conventionnels, d’isolement ou de préjudices financiers, mais aussi sur le rôle des réseaux sociaux dans la diffusion de pratiques et de discours sans fondement scientifique.

Un sujet qui concerne directement l’addictologie, où les personnes peuvent être confrontées à une multitude de promesses de traitements, méthodes de sevrage ou discours contradictoires circulant en ligne.

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Santé publique : la SFSP alerte sur l’évolution du rôle des préfets

Enfin, la Société française de santé publique a adressé une lettre ouverte à la ministre de la Santé à la suite de deux décrets modifiant les conditions de mise en œuvre des politiques de santé publique dans les départements.

La SFSP s’inquiète notamment du renforcement des capacités d’intervention des préfets dans le champ sanitaire et dans le versement du Fonds d’intervention régional (FIR). Elle craint que des considérations sécuritaires, politiques ou économiques puissent peser sur certaines actions de prévention, de promotion de la santé ou de réduction des risques. Il s’agit ici de préoccupations exprimées par la SFSP, et non d’effets déjà établis de ces textes.

L’association cite explicitement les addictions parmi les domaines dans lesquels elle redoute une tension entre approche sanitaire et préoccupations sécuritaires, notamment pour la réduction des risques.

À noter également

La Haute Autorité de santé organisera le 20 novembre la deuxième édition de son Université d’automne. Entièrement gratuite et en ligne, elle proposera sept sessions réunissant professionnels, experts de terrain, représentants d’usagers et équipes de la HAS autour de problématiques concrètes de santé.

Inscriptions ici

À retenir cette semaine

Cette veille fait émerger plusieurs fils conducteurs : faire évoluer les réponses sans perdre de vue les preuves disponibles ; rendre l’information compréhensible et accessible ; reconnaître les savoirs expérientiels ; mieux articuler les différentes étapes des parcours ; et comprendre les usages au-delà de leurs seuls risques.

La place accordée cette semaine à la cytisinicline montre que les outils thérapeutiques continuent d’évoluer. Les initiatives bretonnes autour de l’ETP, des parcours de soins et de la formation à la pair-aidance rappellent quant à elles que l’efficacité d’un accompagnement ne repose pas seulement sur un traitement, mais aussi sur la continuité, la coopération et la possibilité pour les personnes concernées de prendre une place active dans leur parcours.

Enfin, le témoignage autour de la kétamine rappelle un principe essentiel : comprendre ce que la consommation apporte à une personne n’est pas nier ses dommages. C’est aussi se donner les moyens de mieux l’accompagner.

Continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.