Veille addictologie en Bretagne – semaine du 12 octobre 2026

Cette semaine, l’actualité en addictologie met particulièrement en lumière la place de la bienveillance, de l’écoute et de l’adaptation des accompagnements aux besoins des personnes.

À l’approche du Mois sans tabac, le professeur Bertrand Dautzenberg propose de repenser les pratiques d’aide à l’arrêt du tabac en accordant une place centrale à la substitution nicotinique et en questionnant les injonctions à la motivation et à l’effort. En Bretagne, les acteurs du Mois sans tabac multiplient les ressources et les initiatives de proximité pour accompagner les personnes concernées.

Du côté de la recherche, de nouvelles données ouvrent des perspectives dans le traitement des exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO), tandis qu’un programme international s’intéresse à l’accompagnement des femmes enceintes en situation de précarité.

Enfin, les questions de savoirs, de pratiques et de relations d’accompagnement sont également au cœur de cette édition, avec une émission de France Culture consacrée aux nouvelles addictions et un webinaire breton sur la place des émotions en éducation thérapeutique.

Arrêt du tabac : et si l’on inversait les pratiques d’accompagnement ?

À l’approche du Mois sans tabac, le professeur Bertrand Dautzenberg, pneumologue et tabacologue, publie un nouvel ouvrage intitulé Arrêtons de fumer, dans lequel il présente une « méthode inversée » fondée sur la bienveillance.

Son point de départ est une remise en question de certaines représentations encore présentes dans l’accompagnement du sevrage tabagique : faut-il nécessairement être motivé avant de commencer un traitement ? L’arrêt du tabac doit-il reposer sur l’effort et la volonté ? Et quelle place accorder à la dépendance physique à la nicotine ?

Dans l’approche qu’il défend, l’objectif est d’abord de soulager la dépendance physique grâce à un apport suffisant de nicotine non fumée, notamment par les substituts nicotiniques ou la vape, avant d’aborder les autres dimensions de la consommation.

Le professeur Dautzenberg considère que les injonctions à arrêter, même lorsqu’elles sont formulées avec de bonnes intentions, peuvent renforcer le sentiment d’échec ou de culpabilité chez certaines personnes. Il propose au contraire de privilégier l’écoute, l’ajustement des traitements aux besoins ressentis et une progression sans pression excessive.

Cette approche invite à réfléchir à la place accordée à la motivation dans les pratiques professionnelles, mais aussi à la manière dont les personnes qui fument vivent les conseils, les attentes et les représentations de leur entourage. Elle rejoint plusieurs principes importants dans l’accompagnement des addictions : ne pas culpabiliser, reconnaître les difficultés liées à la dépendance et construire des réponses adaptées avec les personnes concernées.

L’ouvrage constitue ainsi une invitation à questionner les pratiques et à ouvrir le dialogue autour des différentes façons d’accompagner l’arrêt du tabac.

À découvrir : Arrêtons de fumer – Bertrand Dautzenberg.

BPCO : une nouvelle biothérapie pourrait réduire les exacerbations

Les exacerbations de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) représentent un enjeu majeur pour les personnes vivant avec cette maladie respiratoire chronique. Au-delà de l’aggravation des symptômes respiratoires, ces épisodes sont associés à une augmentation des risques cardiovasculaires, d’hospitalisation et de décès.

Deux essais cliniques randomisés, OBERON et TITANIA, apportent de nouvelles données concernant le tozorakimab, une biothérapie actuellement en cours d’évaluation réglementaire.

Ces études ont inclus plus de 1 700 adultes de plus de 40 ans atteints de BPCO, ayant déjà présenté des exacerbations malgré un traitement inhalé de fond.

Administré toutes les quatre semaines en complément du traitement habituel, le tozorakimab a permis une réduction d’environ 30 % du taux d’exacerbations modérées à sévères par rapport au placebo, selon les résultats rapportés.

L’analyse combinée montre également des bénéfices dans plusieurs sous-groupes de patients, notamment selon le taux d’éosinophiles sanguins.

Ces résultats ouvrent des perspectives pour la prise en charge de la BPCO, mais le traitement n’est pas encore une option courante disponible : les démarches d’autorisation de mise sur le marché sont en cours.

Dans le champ de la tabacologie, cette actualité rappelle l’importance d’articuler les progrès thérapeutiques avec l’accompagnement à l’arrêt du tabac, la prévention des exacerbations et le suivi au long cours des personnes concernées.

À lire : Le Quotidien du Médecin – Le tozorakimab réduit les exacerbations de BPCO.

Grossesse et précarité : le programme SISTAQUIT adapté en Allemagne

Comment accompagner l’arrêt du tabac pendant la grossesse lorsque les difficultés sociales, économiques ou psychosociales rendent les démarches de santé plus complexes ?

C’est à cette question que s’intéresse l’adaptation du programme australien SISTAQUIT, initialement conçu pour accompagner les femmes autochtones enceintes, dans un contexte allemand.

À Brême, le programme a été adapté aux femmes enceintes en situation de précarité socioéconomique, avec une attention particulière portée à la formation des sages-femmes. L’accompagnement repose sur une approche dite « ABCD », qui associe le repérage des consommations, un conseil bref, le soutien à l’arrêt du tabac ou du vapotage et la prise en compte du contexte psychosocial.

Un essai de faisabilité a été mené entre octobre 2025 et juin 2026 dans trois services. Les premiers résultats rapportés sont encourageants concernant le recrutement, le maintien dans le programme, son acceptabilité et la confiance des sages-femmes dans leurs pratiques.

En revanche, ces résultats préliminaires ne permettent pas encore de conclure à une efficacité sur l’abstinence tabagique prolongée. Les analyses scientifiques sont toujours en cours.

L’intérêt de cette initiative réside aussi dans sa démarche : adapter une intervention à un nouveau contexte social et culturel, plutôt que considérer qu’une méthode pourrait être transposée à l’identique à toutes les populations.

Une réflexion particulièrement pertinente pour la réduction des inégalités sociales de santé, notamment lorsque les démarches d’accompagnement doivent prendre en compte les conditions de vie, les ressources disponibles et les priorités des personnes.

À découvrir : La présentation du projet SISTAQUIT par Southern Cross University.

Mois sans tabac en Bretagne : huit structures mobilisées pour accompagner les initiatives locales

À l’approche de novembre, le collectif Mois sans tabac Bretagne poursuit sa mobilisation auprès des professionnels, des associations et des acteurs de terrain.

Il réunit huit structures associatives réparties sur le territoire breton : Addictions France Bretagne, l’Association Hospitalière de Bretagne, Je ne fume plus !, la Coordination Bretonne de Tabacologie, Promotion Santé Bretagne, Liberté Couleurs, la Ligue contre le cancer et l’Observatoire régional de la santé.

Cette diversité illustre la complémentarité des approches mobilisées autour de l’arrêt du tabac : prévention, accompagnement sanitaire, promotion de la santé, observation, actions associatives et entraide entre pairs.

Le collectif propose notamment un appui méthodologique pour concevoir, mettre en œuvre et évaluer des actions locales, avec une attention particulière aux publics qui peuvent rencontrer davantage de difficultés d’accès aux ressources.

Des sensibilisations pour renforcer les pratiques professionnelles

Plusieurs temps de sensibilisation sont proposés dans le cadre de l’édition 2026, autour de thématiques variées :

  • Tabac et précarité, notamment à destination des travailleurs sociaux.
  • Tabac et radon, pour mieux comprendre les risques liés à ces deux expositions.
  • Conseil d’arrêt et prescription des traitements nicotiniques de substitution.
  • Les difficultés rencontrées pendant le sevrage tabagique.
  • Tabac et psychiatrie.
  • Présentation du dispositif Mois sans tabac 2026.

Ces rencontres mobilisent notamment des professionnels des CHU de Rennes et de Brest, du Centre hospitalier Guillaume Régnier et d’autres structures bretonnes. Plusieurs replays sont également proposés sur la plateforme régionale.

Au-delà des connaissances techniques, ces ressources peuvent contribuer à mieux adapter les accompagnements aux situations rencontrées sur le terrain, notamment lorsque les consommations s’inscrivent dans des contextes de précarité, de troubles psychiques ou de difficultés sociales.

À découvrir : Le site Mois sans tabac Bretagne, rubrique « Se former ».

Dans le Pays bigouden, le Mois sans tabac se prépare autour de l’écoute et de la proximité

Dans le Finistère, les professionnels de santé du Pays bigouden préparent également plusieurs actions à l’occasion du Mois sans tabac 2026.

Un article publié par Ouest-France le 15 octobre présente la mobilisation de la Communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) du Pays bigouden et de maisons de santé pluriprofessionnelles.

L’objectif annoncé est notamment de proposer des occasions de rencontre et d’accompagnement pour les personnes souhaitant arrêter ou diminuer leur consommation de tabac.

Cette initiative met en avant une dimension essentielle de la prévention : aller vers les personnes, proposer des espaces d’écoute et faciliter l’accès à une aide de proximité.

Toutes les personnes qui fument ne sont pas nécessairement prêtes à arrêter immédiatement. Certaines souhaitent d’abord poser des questions, mieux comprendre leur dépendance, envisager une réduction ou simplement découvrir les aides disponibles.

La possibilité d’échanger sans jugement, à proximité de son lieu de vie, peut constituer une première étape importante.

Cette mobilisation territoriale rappelle que le Mois sans tabac ne se limite pas à un défi individuel : il peut aussi devenir un temps de rencontre, de coopération entre professionnels et de soutien collectif.

Nouvelles addictions : la recherche au cœur d’une émission de France Culture

Entre évolutions des consommations, nouvelles substances psychoactives et usages numériques, les questions autour des addictions continuent de se diversifier.

Le 15 octobre, l’émission La Science, CQFD, diffusée sur France Culture, a consacré un rendez-vous aux nouvelles addictions, en partenariat avec le magazine de l’Inserm.

Animée par Alexandra Delbot, cette émission réunissait Mickaël Naassila, neurobiologiste et chercheur à l’Inserm, Marie Jauffret-Roustide, sociologue à l’Inserm, et Yann Cornillier, rédacteur en chef du magazine de l’Inserm.

Plusieurs questions structurent cette réflexion : comment évoluent les consommations et les comportements ? Quels mécanismes participent au développement des addictions ? Comment les risques se transforment-ils ? Et quelles pistes la recherche propose-t-elle pour améliorer la prévention et les accompagnements ?

L’émission s’inscrit notamment dans un contexte de renouvellement des connaissances sur les usages numériques, les nouvelles substances et les différentes formes de dépendance.

Elle constitue une ressource intéressante pour croiser les approches biologiques, sociales et de santé publique, sans réduire les addictions à une seule dimension.

Pour aller plus loin, plusieurs ressources sont accessibles :

En Bretagne : accueillir les émotions en éducation thérapeutique

Quelle place donner aux émotions dans les accompagnements en santé ?

La joie, la peur, la colère, la tristesse ou encore la frustration peuvent traverser les échanges entre les personnes accompagnées et les professionnels. Elles influencent parfois la relation, la compréhension des situations et les possibilités d’engagement dans un parcours de soins.

Le Pôle régional de ressources en éducation thérapeutique du patient (ETP) Bretagne propose un webinaire consacré à cette question.

Animé par Amélie Chantraine, chargée de mission à Promotion Santé Bretagne, et Agnès Roy, patiente partenaire, il permettra d’aborder quelques repères et pistes concrètes pour mieux accueillir les émotions dans les pratiques d’accompagnement.

Cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’une formation de deux jours proposée depuis deux ans par le Pôle régional de ressources en ETP.

La participation d’une patiente partenaire constitue également un point important : elle permet de croiser les savoirs professionnels et expérientiels autour de ce qui se joue dans la relation de soin.

Dans le champ des addictions, où les expériences de stigmatisation, les sentiments de culpabilité ou les difficultés à exprimer certaines émotions peuvent peser sur les parcours, cette réflexion apparaît particulièrement pertinente.

À noter : jeudi 26 novembre 2026, de 13 h à 14 h, en visioconférence.

Informations et inscriptions

À retenir cette semaine

Cette veille met en évidence plusieurs évolutions et réflexions qui traversent les pratiques en addictologie.

L’accompagnement à l’arrêt du tabac fait l’objet de propositions qui interrogent la place de l’effort, de la motivation et de la bienveillance, tout en rappelant l’importance d’une prise en charge adaptée de la dépendance physique.

La recherche thérapeutique ouvre de nouvelles perspectives pour certaines maladies liées au tabagisme, comme la BPCO, tandis que des programmes internationaux explorent des approches mieux adaptées aux situations de précarité.

En Bretagne, le Mois sans tabac mobilise un réseau d’acteurs associatifs et professionnels qui développent formations, ressources et actions de proximité. Ces initiatives contribuent à diversifier les possibilités d’accompagnement et à rendre l’aide plus accessible.

Enfin, les ressources consacrées aux nouvelles addictions et à l’accueil des émotions rappellent combien les dimensions scientifiques, sociales, relationnelles et expérientielles sont complémentaires.

Au-delà de la diversité des sujets, un même fil conducteur se dégage : accompagner ne consiste pas uniquement à transmettre des informations ou à proposer des traitements. C’est aussi écouter, comprendre les situations de vie, reconnaître les expériences des personnes et construire avec elles des réponses adaptées.

Continuons à partager les ressources, initiatives et actualités qui font avancer l’addictologie, la réduction des risques et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.