À quelques jours du lancement du Mois sans tabac, l’actualité en addictologie met en lumière plusieurs questions importantes pour les professionnels comme pour les personnes concernées.
Un nouveau rapport du National Cancer Institute américain apporte des arguments scientifiques en faveur d’un accompagnement coordonné des consommations de tabac et d’alcool. Une revue internationale s’intéresse aux attentes des personnes souhaitant arrêter de vapoter, tandis qu’un guide britannique rassemble des recommandations pratiques sur les traitements du tabagisme.
En Bretagne, la mobilisation s’intensifie à l’approche du 1er novembre. Dépistage du souffle à Fougères, accompagnement gratuit à Noyal-Pontivy et Fouesnant, rencontres avec des professionnels et lives d’information : les initiatives se multiplient pour faciliter l’accès au soutien.
Cette semaine rappelle surtout l’intérêt de proposer des accompagnements adaptés aux besoins des personnes, en associant connaissances scientifiques, compétences professionnelles et expériences vécues.
1. Tabac et alcool : faut-il accompagner simultanément les deux consommations ?
Un nouveau rapport américain remet en question certaines pratiques
Le National Cancer Institute (NCI) américain a publié en octobre 2026 une nouvelle monographie consacrée aux liens entre tabac et alcool : Tobacco and Alcohol: Understanding Co-Use to Reduce Cancer Incidence and Mortality.
Ce rapport examine les mécanismes communs aux deux consommations, leurs conséquences sanitaires et les stratégies susceptibles de réduire les risques associés. Son chapitre 7, consacré aux approches thérapeutiques, apporte un éclairage particulièrement intéressant sur une question régulièrement rencontrée dans les pratiques en addictologie :
Faut-il attendre qu’une personne ait stabilisé sa consommation d’alcool avant de lui proposer un accompagnement à l’arrêt du tabac ?
Les données scientifiques analysées ne soutiennent pas cette attente systématique.
L’arrêt du tabac ne compromet pas le rétablissement lié à l’alcool
Le rapport souligne que les personnes présentant un trouble de l’usage de l’alcool peuvent bénéficier des traitements du tabagisme. Les interventions pharmacologiques et comportementales utilisées dans la population générale restent pertinentes pour ces personnes.
Surtout, les données disponibles montrent que proposer un accompagnement à l’arrêt du tabac pendant une prise en charge pour un trouble de l’usage de l’alcool ne compromet pas les résultats de cette dernière. Certaines études suggèrent même que cette démarche pourrait favoriser l’évolution des deux consommations.
Cette conclusion remet en question l’idée selon laquelle il serait préférable de traiter les dépendances successivement, en donnant systématiquement la priorité à l’alcool.
Des consommations qui peuvent se renforcer mutuellement
Le rapport rappelle également que le tabac et l’alcool entretiennent des relations complexes. Leurs effets peuvent se renforcer sur les plans neurobiologique et comportemental. La consommation d’alcool, particulièrement lorsqu’elle est importante, peut rendre l’arrêt du tabac plus difficile et augmenter le risque de reprise. À l’inverse, une prise en charge coordonnée peut aider à mieux identifier les situations associées aux deux consommations et à proposer des stratégies adaptées.
Les auteurs recommandent ainsi d’évaluer les consommations de tabac et d’alcool, d’aborder leurs interactions et de proposer des interventions fondées sur les données scientifiques.
Vers des accompagnements plus intégrés
L’un des principaux enseignements du rapport concerne la nécessité de développer des approches coordonnées. Il ne s’agit pas d’imposer l’arrêt simultané des deux consommations à toutes les personnes. L’enjeu est plutôt de ne pas exclure l’accompagnement du tabagisme au seul motif qu’un trouble de l’usage de l’alcool est également présent.
Cette approche suppose de tenir compte des priorités, des besoins et des possibilités de chaque personne. Elle invite également les structures d’addictologie à intégrer plus systématiquement le tabagisme dans leurs propositions d’accompagnement.
Le rapport souligne toutefois que les interventions intégrées restent insuffisamment développées et que des recherches complémentaires sont nécessaires pour préciser les stratégies les plus efficaces selon les situations.
À retenir : accompagner l’arrêt du tabac pendant un suivi pour un trouble de l’usage de l’alcool est possible et peut être bénéfique. Les données scientifiques ne justifient pas d’attendre systématiquement une stabilisation complète de la consommation d’alcool.
Pour aller plus loin :
- Monographie 24 du National Cancer Institute
- Chapitre 7 : Treatment Approaches for Tobacco and Alcohol Use (PDF)
2. Arrêter de vapoter : que souhaitent réellement les personnes concernées ?
Une revue internationale analyse les pratiques et les attentes
Une revue scientifique publiée le 16 octobre 2026 dans la revue Tobacco Prevention & Cessation s’intéresse aux interventions destinées aux personnes souhaitant arrêter le vapotage ou l’utilisation d’autres produits nicotiniques sans combustion.
Réalisée par Rory Coyne et ses collègues, elle rassemble 23 études portant sur 10 373 participants. Les chercheurs poursuivaient trois objectifs : examiner les pratiques d’accompagnement, identifier les obstacles à leur déploiement et mieux comprendre les préférences exprimées par les personnes concernées.
Cette dernière dimension est particulièrement intéressante. Alors que les dispositifs d’aide à l’arrêt du tabac sont relativement bien développés, les services spécifiquement consacrés à l’arrêt du vapotage restent moins structurés. Or, les personnes qui souhaitent arrêter de vapoter n’ont pas nécessairement les mêmes besoins ni les mêmes attentes que celles qui souhaitent arrêter de fumer.
Cinq attentes reviennent régulièrement
L’analyse des études fait ressortir plusieurs préférences.
1. Des dispositifs accessibles et discrets
Les personnes apprécient les aides disponibles à distance, qui peuvent être utilisées dans un cadre privé, sans nécessiter systématiquement une consultation. Les outils numériques peuvent répondre à ce besoin, notamment lorsqu’ils sont facilement accessibles.
2. Des accompagnements simples et peu contraignants
Les dispositifs qui demandent peu de démarches ou d’efforts organisationnels semblent mieux acceptés. Dans l’une des études examinées, 88,9 % des participants se déclaraient satisfaits ou très satisfaits d’un programme peu contraignant.
3. Une véritable présence humaine
L’intérêt pour les outils numériques ne signifie pas que les personnes souhaitent être accompagnées uniquement par une application. Le contact avec un intervenant, les échanges réguliers et la bienveillance apparaissent comme des éléments appréciés. Dans certaines études, la présence d’un accompagnant était même considérée comme la composante la plus utile du dispositif.
4. Un soutien à la confiance en soi
Les programmes qui renforcent la confiance des personnes dans leur capacité à changer leur consommation suscitent davantage de satisfaction. Dans l’une des études, 88 % des participants déclaraient se sentir plus confiants dans leur capacité à arrêter. Cette dimension semble particulièrement intéressante chez les jeunes.
5. Des supports visuels et interactifs
Les participants expriment également une préférence pour des contenus faciles à comprendre et à utiliser. Les supports illustrés, les outils interactifs et les informations courtes peuvent faciliter l’engagement dans un programme.
Quelles implications pour les pratiques ?
Cette revue invite à concevoir les dispositifs d’accompagnement à partir des besoins exprimés par les personnes concernées. Elle souligne notamment l’intérêt de combiner accessibilité numérique, souplesse, soutien humain et renforcement du pouvoir d’agir. Les chercheurs identifient également des faiblesses dans les programmes étudiés. La collaboration avec les parties prenantes et la pérennité des dispositifs figurent parmi les dimensions les moins bien prises en compte.
Ces résultats plaident pour une participation plus importante des personnes concernées à la conception et à l’évaluation des interventions. Il faut néanmoins rester prudent : cette revue rapide n’a pas réalisé d’évaluation critique formelle de la qualité des études incluses. Les préférences rapportées ne permettent donc pas, à elles seules, de déterminer quelles interventions sont les plus efficaces.
À retenir : les personnes souhaitant arrêter de vapoter privilégient souvent des aides simples, accessibles et discrètes, sans renoncer à un accompagnement humain. Leur participation à la conception des dispositifs constitue une piste importante pour améliorer les pratiques.
Étude scientifique : Coyne et al., International best practice in the cessation of vaping and non-combustible nicotine use, 2026
3. Royaume-Uni : un guide pratique sur les traitements de l’arrêt du tabac
Un document de référence pour les professionnels
Le National Centre for Smoking Cessation and Training (NCSCT), organisme britannique spécialisé dans la formation et l’accompagnement au sevrage tabagique, a publié en juillet 2026 un guide pratique consacré aux aides à l’arrêt du tabac.
Intitulé Stop smoking aids: quick reference guide, ce document présente les principaux traitements utilisés au Royaume-Uni, leurs modalités d’administration et plusieurs points de vigilance. Il constitue une ressource utile pour les professionnels souhaitant actualiser leurs connaissances.
Les substituts nicotiniques restent un traitement de référence
Le guide rappelle que les substituts nicotiniques sont efficaces et présentent un profil de sécurité favorable. Il insiste notamment sur l’intérêt d’associer un patch, qui apporte de la nicotine de manière régulière, à une forme à action rapide comme une gomme ou un spray buccal. Cette association augmente les chances de réussite de l’arrêt du tabac.
Le document souligne également l’importance d’adapter les doses aux besoins de la personne. Une substitution insuffisante peut laisser persister des symptômes de manque et des envies importantes de fumer. Le dosage initial doit donc tenir compte de la dépendance tabagique, puis être réévalué en fonction des symptômes ressentis.
Varénicline, cytisinicline et autres traitements
Le guide présente également plusieurs traitements non nicotiniques. Pour la varénicline, il décrit un début de traitement généralement situé entre 7 et 14 jours avant la date d’arrêt, avec une durée habituelle de douze semaines. Il aborde aussi la cytisinicline, pour laquelle le schéma standard présenté s’étend sur 25 jours.
Le document fournit des informations pratiques sur les modalités d’utilisation, les effets indésirables et les précautions associées aux différents traitements.
Attention : il s’agit d’un guide britannique. Les spécialités disponibles, les autorisations, les recommandations et les conditions de prescription peuvent différer de celles applicables en France. Cette ressource doit donc être utilisée comme un support d’information professionnelle, en complément des recommandations françaises.
À consulter : NCSCT – Stop smoking aids: quick reference guide (PDF)
4. Mois sans tabac : la Bretagne se mobilise pour faciliter l’accès à l’accompagnement
À quelques jours du lancement de la 11e édition du Mois sans tabac, les initiatives se multiplient en Bretagne. Les actions annoncées cette semaine témoignent d’une volonté commune : rapprocher les ressources des personnes concernées, diversifier les possibilités de soutien et faciliter les premiers échanges avec les professionnels.
Fougères : un dépistage du souffle pour les fumeurs et anciens fumeurs
Dans le pays de Fougères, en Ille-et-Vilaine, la maison de santé pluriprofessionnelle de Fougères-Lécousse propose une action de dépistage du souffle.
Cette initiative s’adresse aux personnes âgées de 35 ans et plus, qui fument actuellement ou ont fumé par le passé. Le dépistage repose sur une spirométrie, un examen qui permet d’évaluer la fonction respiratoire et de rechercher certaines anomalies. Il peut notamment contribuer au repérage de troubles respiratoires nécessitant des investigations complémentaires.
Au-delà de l’examen, l’action prévoit un accompagnement personnalisé. Karine Dobbels, infirmière en pratique avancée, reçoit les personnes pour un premier bilan afin d’identifier leurs besoins et de proposer un suivi adapté.
Cette initiative illustre l’intérêt d’associer prévention, repérage précoce et accompagnement du tabagisme.
Renseignements et rendez-vous : Karine Dobbels, au 06 70 98 18 94, ou directement sur Doctolib.
Source : Actu.fr, 30 octobre 2026, « Mois sans tabac : faites un dépistage du souffle dans le pays de Fougères ».
Noyal-Pontivy : quatre permanences gratuites en novembre
Dans le Morbihan, la maison de santé pluriprofessionnelle de Noyal-Pontivy renouvelle sa participation au Mois sans tabac. Pour la deuxième année consécutive, des professionnels proposent un accompagnement gratuit aux personnes souhaitant relever le défi des trente jours sans cigarette.
Quatre permanences sont organisées à la pharmacie de l’Hermine. Les participants pourront bénéficier d’entretiens personnalisés, de conseils et d’un suivi adapté. Les rendez-vous sont proposés sans inscription préalable.
Dates :
- Mardi 3 novembre, de 17 h à 19 h.
- Mardi 10 novembre, de 17 h à 19 h.
- Jeudi 19 novembre, de 17 h à 19 h.
- Jeudi 26 novembre, de 17 h à 19 h.
Lieu : pharmacie de l’Hermine, 30 avenue de la Libération, Noyal-Pontivy.
Cette action montre comment les maisons de santé et les pharmacies peuvent travailler ensemble pour proposer un accompagnement de proximité.
Fouesnant : des consultations gratuites chaque vendredi
Dans le Finistère, la commune de Saint-Évarzec relaie des consultations gratuites d’aide à l’arrêt du tabac organisées à l’Hôtel communautaire de Fouesnant.
Ces consultations seront assurées par Christine Liermier, tabacologue.
Elles auront lieu les vendredis 6, 13, 20 et 27 novembre, de 9 h à 12 h.
Les personnes intéressées peuvent prendre contact directement avec la professionnelle.
Renseignements : Christine Liermier, au 07 81 99 25 65.

Ces consultations constituent une nouvelle possibilité de rencontrer une professionnelle et d’obtenir des conseils personnalisés pendant le Mois sans tabac.
Source : Mois sans tabac Bretagne, publication du 27 octobre 2026.
Des actions complémentaires sur les territoires
Dépistage du souffle, permanences en pharmacie, consultations de tabacologie : ces initiatives montrent la diversité des modalités d’accompagnement proposées en Bretagne. Elles rappellent aussi que l’aide à l’arrêt du tabac ne se limite pas à une consultation spécialisée.
Les maisons de santé, les pharmacies, les professionnels de proximité et les collectivités peuvent contribuer à rendre l’information et les soins plus accessibles. Cette complémentarité est particulièrement intéressante pour les personnes qui hésitent à consulter ou qui rencontrent des difficultés d’accès aux dispositifs habituels.
Pour retrouver les ressources et les initiatives régionales : Mois sans tabac Bretagne
5. Je ne fume plus ! : quatre lives pour accompagner le Mois sans tabac
L’association Je ne fume plus ! #JNFP annonce une programmation de quatre lives pendant le Mois sans tabac 2026. Ces rencontres en ligne permettront d’aborder différentes questions liées au tabagisme et à son accompagnement, avec des professionnels invités.
Premier rendez-vous le 5 novembre avec le Dr Marion Adler
Le premier live se tiendra jeudi 5 novembre 2026, de 18 h à 19 h. L’invitée sera le Dr Marion Adler, médecin tabacologue et addictologue à l’hôpital Antoine-Béclère de Clamart.
Le thème de cette rencontre sera : « L’arrêt du tabac chez la femme, à tous les âges »
Cette rencontre permettra d’aborder les particularités du tabagisme féminin et les questions qui peuvent se poser à différentes périodes de la vie. Les personnes pourront suivre le direct et retrouver ensuite son enregistrement.
Ce format présente l’intérêt de rendre accessibles des informations spécialisées tout en laissant une place aux interrogations des personnes concernées. Les échanges en direct constituent également une occasion de rapprocher les connaissances professionnelles des expériences vécues.
Rendez-vous : jeudi 5 novembre, de 18 h à 19 h.
À suivre : Live JNFP avec le Dr Marion Adler sur YouTube
À retenir cette semaine
Tabac et alcool : ne pas attendre systématiquement pour proposer une aide. Le nouveau rapport du National Cancer Institute confirme que l’accompagnement de l’arrêt du tabac pendant un suivi pour un trouble de l’usage de l’alcool ne compromet pas les résultats de ce dernier et pourrait même les améliorer.
Arrêt du vapotage : écouter les attentes des personnes. Une revue internationale souligne l’intérêt de dispositifs simples, accessibles et souples, associant outils numériques, soutien humain et renforcement de la confiance en soi.
Traitements du tabagisme : un guide pratique britannique. Le NCSCT rappelle l’efficacité des substituts nicotiniques, notamment lorsqu’un patch est associé à une forme à action rapide, et présente les principales options pharmacologiques utilisées au Royaume-Uni.
Mois sans tabac : les initiatives de proximité se multiplient en Bretagne. Dépistage du souffle à Fougères, permanences gratuites à Noyal-Pontivy et consultations à Fouesnant illustrent la mobilisation des professionnels et des territoires.
JNFP propose quatre lives pendant le Mois sans tabac. Le premier rendez-vous, le 5 novembre, accueillera le Dr Marion Adler pour une rencontre consacrée à l’arrêt du tabac chez la femme, à tous les âges.
Pour conclure
Les actualités de cette semaine mettent en évidence un point commun : la qualité d’un accompagnement dépend autant des connaissances mobilisées que de son adaptation aux personnes concernées.
Le rapport américain sur le tabac et l’alcool invite à dépasser certaines habitudes de prise en charge. La revue consacrée à l’arrêt du vapotage rappelle l’importance de prendre en compte les préférences et les besoins exprimés par les usagers. Quant aux initiatives bretonnes du Mois sans tabac, elles montrent l’intérêt de proposer des ressources variées, accessibles et proches des lieux de vie.
Ces approches ne s’opposent pas. Elles peuvent se compléter pour soutenir les changements de consommation, réduire les risques et renforcer le pouvoir d’agir.
À l’approche du Mois sans tabac, cette diversité des réponses constitue une richesse : chacun doit pouvoir trouver une information, une écoute ou un accompagnement adapté à son parcours.
Continuons à partager les connaissances, les expériences et les initiatives qui font avancer l’addictologie, la réduction des risques et la pair-aidance en Bretagne et au-delà.










